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INTERVIEW JAMES HETFIELD
CLASSIC ROCK MAGAZINE - Mai 2009


En mai 2009, le magazine américain Classic Rock publie une interview de James. Son enfance, sa carrière au sein de Metallica, sa thérapie, ... sans aucun doute l'interview du frontman la plus personnelle qui nous ait été donné de lire. Un énorme merci à Beeho du forum WD pour son travail de traduction ;)


Il y a une scène dans le documentaire de 2004 sur Metallica, Some Kind Of Monster, où le batteur Lars Ulrich exprime avec colère son insatisfaction face à l’approche post-désintox de James Hetfield vis-à-vis de l’enregistrement. Plus spécifiquement, Ulrich n’est pas heureux avec le décret de James comme quoi tout le travail sur l’album à venir, St Anger, se finit à 4h de l’après-midi pour que le chanteur puisse passer du temps avec sa famille. Ulrich fait les 100 pas et rumine : "Je réalise maintenant qu’avant, je te connaissais à peine" dit-il. C’est une parole lancée en l’air, mais celle-ci résonne parmi les fans de Metallica. Après tout, depuis que le groupe a sorti son premier album Kill’Em All en 1983, Hetfield s’est apparemment forgé un personnage de frontman metal. Un artiste intense, intransigeant au charisme sauvage, dont le temps libre était rempli d’histoires sans lendemain, de picole intense, de rock sudiste et de chasse. Pour son public, Hetfield était une icône invincible du bon moments de headbanging et de force au travers de riffs de qualité supérieure. Ils avaient l’impression qu’ils connaissaient vraiment ce type – mais ils avaient tout faux.

Assis sur un canapé violet ( ?) dans son bureau au sein de la base d’opérations du groupe californien, le HQ, le Hetfield d’aujourd’hui ponctue sa douce voix tranquille à la californienne d’un occasionnel rire nerveux alors qu’il répond aux questions avec la franchise réfléchie d’un vétéran de la thérapie. Comme le prouve le succès critique et commercial de l’album du groupe sorti en 2008, Death Magnetic, un James Hetfield moins les armes, l’alcool et les « problèmes » de self-control n’a pas pas pour autant émoussé le tranchant de Metallica. Nous parlons pendant une heure et demie, moment pendant lequel Hetfield prouve qu’il est loin d’être l’incarnation de la célébrité qui s’apitoie sur lui-même pour s’être rangé. Au lieu de ça, il est aimable et plein d’esprit, même lorsqu’on discute des détails les plus précis et douloureux de sa remarquable histoire.
 
  
 
 
A quoi ressemblait votre enfance ?

J’ai grandi dans une banlieue de L.A, plutôt de la classe moyenne. Notre maison était super. Je pouvais aller à pied à toutes les écoles où je suis allé : primaire, collège, toutes à côtés.
Papa était routier, il a finalement eu sa propre société de transporteur. Maman était une mère femme au foyer, c’était une artiste – elle peignait et a réalisé quelques trucs de graphisme. C’est marrant, je me rappelle être resté seul à la maison souvent, ce qui est bizarre. J’avais deux demi-frères plus âgés et une sœur plus jeune. C’était dur à la maison, ça c’est sûr. J’essayais juste de prendre la place de mon père. Il allait se marier à une dame qui avait deux fils adolescents, ça pouvait pas être plus dur. Je me souviens que j’étais très solitaire, et je voyais ma sœur qui se mettait dans les problèmes. Une gamine très rebelle et grande gueule. J’ai vu les conséquences que ça a pu avoir sur elle donc j’ai pris la direction opposée. J’étais très secret par rapport au fait que je m’en tirais bien, ce qui m’a desservi.
 
 
 
Vous avez été élevé dans la religion Scientiste ?

C’était très intéressant mais aliénant…Ma réalité sur ça est que c’était très aliénant pour moi en tant qu’enfant. Maintenant, en étant plus vieux, je peux un peu mieux comprendre la religion. Le pouvoir de l’esprit qui permet à la pensée positive de te guérir, en essayant d'admettre la maladie, des choses de ce genre. Ne pas aller chez le médecin, en gros ignorer toute cette connaissance. Ca n’avait vraiment aucun sens pour moi. Je dirais que, maintenant, dans ma vie, ils se complètent bien. Oui, il y a un pouvoir de la pensée mais il y a les connaissances que nous avons acquises. Quelqu’un se casse le bras, va au moins te le faire réparer. Ce n’était même pas permis. Je ne pouvais même pas aller en classe de bio quand j’étais gosse. Tu apprends comment ton corps marche, des trucs du genre. Je n’étais pas autorisé à apprendre ça. Je devais quitter le cours et rester dans la cour ou au bureau du principal. C’était plus comme une punition. Mes parents essayaient de me rendre meilleur d’une certaine manière, en me gardant à l’écart de ces trucs, mais c’était plus l’effet inverse. Mon père a divorcé quand j’avais 13 ans. A ce moment là, j’ai juste dit à ma mère : "Je ne vais plus à l’école le dimanche". C’était comme ça.
 
 
 
De quoi vous rappelez-vous à propos du divorce ?


C’était très perturbant, pour moi, enfant, de ne pas savoir ce qui se passait. On me le cachait, d’une certaine manière. C’est un gros défaut que j’ai encore – je crois toujours que les gens me cachent quelque chose. Mon père est parti et durant des mois et des mois on n’avait aucune idée qu’il ne reviendrait pas. Ma mère disait qu’il était en voyage d’affaires, et nous a finalement avoué la vérité. Juste la peur d’être l’homme de la maison, et aussi ne pas savoir que faire. Avoir l’impression que je n’avais pas appris assez de choses de mon père, qu’il n’était pas là pour moi et tout ça, ont commencé à s’accumuler. Beaucoup de haine envers lui. Il n’a même pas dit au revoir. Je n’avais aucune idée, vraiment, de ce qui se passait entre eux deux. Sinon ça aurait pu être un truc complètement horrible pour quoi il devait partir. Mais ils étaient extrêmement religieux, et pour moi ça va à l’encontre du divorce. L’abandon. Donc j’avais des soucis par rapport à ça. Puis ma mère est décédée à peu près 3 ans après ça. J’attribue ça beaucoup au malaise du divorce et à la tourmente. C’était très traumatisant.
 
 
Elle n’aurait sans doute pas reçu de soins pour sa maladie ?

Non, non, certainement pas. Elle n’était même pas intéressée de savoir ce qu’il en était. On a regardé notre mère dépérir. Il a fallu que ma sœur et moi prenions soin l’un de l’autre et on ne pouvait vraiment rien dire. C’était une situation inextricable de savoir à propos de la maladie, donc bien sûr ça te rend malade. Finalement, mes frères – qui étaient assez âgés pour comprendre ça – ont dit : « Il y a vraiment quelque chose qui va pas. Allons lui chercher de l’aide. » Mais c’était beaucoup trop tard. Elle est morte du cancer.
J’ai dû aller vivre avec mes frères un certain temps, laisser tous mes amis, en plein milieu de mon année de 1ère. Heureusement, j’avais un frère aîné, David, qui avait assez les moyens et était installé. Il avait une femme. Et moi et ma sœur, on a en quelque sorte mis sa vie en suspens. Ma sœur n’est pas restée très longtemps – elle créait trop de problèmes. Ils ont trouvé mon père et elle est partie vivre avec lui. Je ne voulais rien avoir à faire avec lui. Ca a pris longtemps avant de renouer avec mon père et plus ou moins pardonner et enfin profiter pleinement de l’amour inconditionnel père-fils. Mais quand même, il restait des tonnes de questions sans réponse. Il est décédé. Pas mal des choses que j’ai du faire en thérapie tournaient autour de l’enfance et de ma réalité face à la leur.
   
     

" On a regardé notre mère dépérir.
Il a fallu que ma sœur et moi
prenions soin l’un de l’autre et
on ne pouvait vraiment rien dire.
C’était une situation inextricable
de savoir à propos de la maladie,
donc bien sûr ça te rend malade.
Finalement, mes frères – qui étaient
assez âgés pour comprendre ça –
ont dit : « Il y a vraiment quelque
chose qui va pas. Allons lui chercher
de l’aide. » Mais c’était beaucoup trop
tard. Elle est morte du cancer. "
A quel moment avez-vous pris des médicaments pour la 1ère fois ?

Lorsque je vivais chez mon frère, j’avais une migraine pas possible. J’ai toujours eu des migraines quand j’étais petit. Je ne pensais pas que quelque chose pouvait soulager ou aider pour ça. La prière ne semblait pas fonctionner avec moi et c’était la seule prescription à la maison, ça ou lire la Bible. Je me rappelle lorsque mon frère m’a donné de l’aspirine pour la première fois et que je flippais complètement. « Comment je vais me sentir, qu’est ce que ça va faire ? » A ce moment j’ai réalisé les bienfaits des préceptes de Dieu à propos du fait de prendre soin de nous-mêmes.
  
 

Quel âge aviez-vous alors ?

Peut-être 16 ou 17 ans. Je ne faisais pas de vaccins, aucun de ces trucs par l’école – chose dont je suis ravi. Qui sait ce qu’ils nous mettent là-dedans quand on est gosse ?
 
 
A ce moment vous étiez en train d’apprendre la guitare ?

Ma mère m’a inscrit à des cours de piano parce qu’un jour qu’on était chez un ami, j’ai commencé à taper sur le piano et elle pensait que je deviendrais un virtuose [rires]. Trois ans de leçons de piano chez une vieille femme qui sentait très mauvais. J’ai réalisé assez tôt que c’était un super outil de communication. J’aimais être seul. J’aimais pouvoir me couper du monde. Et la musique m’a beaucoup aidé pour ça. Je mettais le casque et j’écoutais juste de la musique. La musique parlait pour moi et me permettait de me connecter à différents niveaux. C’était totalement logique que je veuille m’exprimer de cette manière. J’étais très Kiss et Aerosmith. C’était le premier concert que j’ai vu – Aerosmith et AC/DC au Long Beach Arena (le 12 juillet 1978). J’ai aussi aimé Ted Nugent, Alice Cooper. Beaucoup de ce qu’il y avait de plus percutant et plus dur comme rock était américain à l’époque. Je n’ai pas trop écouté d’autres trucs avant qu’on me présente à Lars deux ans plus tard.
 
 
 


  
  
 

Comment avez-vous rencontré Lars pour la première fois ?

Quand on s’est rencontré la première fois c’était au lycée lorsque je jouais de la guitare avec un ami à moi et que j’essayais de faire marcher ce groupe, Phantom Lord. On a répondu à une annonce de Lars dans un journal, on s’est retrouvé dans un petit entrepôt quelque part, il a monté sa batterie, et il n’était vraiment pas bon du tout mais il avait la motivation et la connaissance. Il avait l’engouement et les rêves que j’avais.
 
 
Culturellement, à quel point étiez-vous différents ?

Extrêmement différents. A part le fait qu’il ne jouait pas si bien à l’époque, il y avait ces différentes odeurs qui émanaient de lui [rires]. Le problème avec les Européens c’est que là-bas ils ne fabriquent pas le savon et ne prennent pas de bain. Aller chez lui – c’était carrément une ambiance différente. Très chaleureux, très ouvert. Chez moi c’était très « élite », très fermé. Si vous ne croyiez pas en notre religion…On n’avait pas beaucoup d’invités. Chez Lars c’était l’opposé total. Très hippie, très « entrez chez nous ».
 
 
Apparemment Lars avait une collection plutôt impressionnante de disques.

Je ne dirais pas qu’il était gâté pourri, mais pour un enfant unique, il avait beaucoup de disques. Je suis rentré et j’en croyais pas mes yeux. J’avais ma petite pile ; le mur entier de sa chambre était recouvert de trucs. Il avait juste à aller chez le disquaire et dire « Je voudrais jeter une oreille sur ces types.» Je ne pouvais pas me le permettre. Mais tu vois, j’ai débarqué chez lui et j’ai commencé à enregistrer tout ce que je pouvais de ce qu’il avait.
  
 
 
Etiez-vous timide à l’époque ?

Très. J’étais très réservé, je n’avais pas vraiment confiance dans le monde qui m’entourait et tout ça à cause de ce que j’avais traversé quand j’étais enfant.
La boisson m’aidait un petit peu à m’échapper de tout ça, mais à la fin de la journée c’était pire. Je creusais un trou encore plus profond pour moi-même.
 
 
Est-ce que vous aviez le sentiment que Metallica est devenu votre famille ?
 
Oui, oui. Il n’y a aucun doute. Je cherchais des gens auprès de qui je pourrais m’identifier. Je ne pouvais pas vraiment m’identifier à ma famille, et en gros quand j’étais petit elle s’est désintégrée juste sous mes yeux. Il y a une part de moi qui a envie d’une famille, et une autre part de moi qui pouvait juste pas blairer les gens. A la fin de la journée je me sens comme ce loup solitaire mais, tu vois, je sens que j’ai besoin d’une famille, mais pas tout le temps.
 
 
 
Etiez-vous heureux de vous séparer de Dave Mustaine ?


Je ne sais pas si « heureux » est le mot juste mais c’était clairement nécessaire. Il y avait moi, Lars et lui essayant tous de diriger et ça aurait fait un mauvais ménage à trois. C’est évident qu’il avait le même engouement que nous – il a continué à faire de super trucs avec Megadeth. La façon dont les choses sont aujourd’hui, la dynamique des personnalités, Lars et moi sommes sur une moitié de la balance avec Rob et Kirk de l’autre côté. Ils sont des personnes d'idées incroyables mais aussi très cool à l'idée de laisser quelqu’un d’autre diriger. Je pense que c’est bien comme ça. Ils ne sont pas du tout guidés par leur égo et Lars et moi sommes l’inverse, apparemment. C’est ce qu’on m’a dit [rires]. Donc à cette époque Dave devait partir.
 
 
Dans le documentaire SKOM, il paraît assez triste à ce propos.

C’est une personne incroyable et talentueuse. Peut-être qu’une partie de son caractère est d’être amer. Si j’avais été viré de Metallica je le serais aussi. Ron McGovney, notre premier bassiste, très amer. Ils sont incapables d’être vraiment à l’aise avec l’instant présent, et ça fait peine à voir. Lars l’a aussi dit lors de l’interview : « Tu vois pas ce que tu as fait ? » Mais rien de tout ça n’a d’importance parce qu’il est en quête de quelque chose qu’il ne peut pas atteindre.
 
 

Est-ce que le fait d’avoir vécu la perte de votre mère vous a permis de gérer la mort de Cliff plus facilement ?

Ce n’est jamais facile. On ne s’y habitue pas, surtout à cet âge-là, et l’état d’esprit dans lequel j’étais, boire autant pour noyer tout sentiment…C’était une autre facette de la Science Chrétienne : il n’y avait pas de funérailles, pas de période de deuil où tu peux pleurer et être soutenu. C’était juste : « OK, la coquille est morte, l’esprit est parti, continuons à vivre notre vie. » Donc quand Cliff est mort il y a eu des funérailles mais je n’étais pas dans le délire, j’ai juste bu encore plus. Boire pour oublier.
 
 
 
Lars a dit qu’avant l’accident vous et Cliff étiez devenus proches, et l’une des conséquences de la tragédie fut que vous et Lars êtes devenus proches après ça. Etes-vous d’accord ?

Oui. Cliff et moi ont s’identifiait vraiment l’un à l’autre. On avait des goûts similaires pour plein de choses. La même musique – il était plus dans le rock sudiste, Lynyrd Skynyrd, des trucs comme ça que j’aimais. Il aimait être au grand air, marcher, camper, se servir d’armes à feu, boire des bières. Lui et moi on s’identifiait l’un à l’autre.



Qu’est ce qui vous a le plus marqué à propos de l’accident durant lequel il a été tué ?


Il faisait très froid. On était en Suède pendant l’hiver. Je dormais dans la pièce à l’arrière pour être un peu plus au chaud. J’étais juste à côté de lui. Tu sais, je ne ressasse pas ça. Les choses sont comme elles sont. Quelque part, on a survécu pour continuer ça. C’est sûr que Cliff nous manque. Tant de choses auraient pu être différentes.
 
 
Pensez-vous que vous avez repris la tournée trop tôt après la mort de Cliff ?

Je pense qu’on a tout fait trop vite après ça. Recruter un bassiste, la tournée. On a fait marche arrière direct. C’était la manière pour le management de gérer notre peine : « Extériorisez-le juste par le biais de la musique ». Maintenant, c’est comme si il n’y avait pas eu assez de deuil ou de respect, et qu’on en avait assez de juste avoir affaire les uns aux autres et de s’entraider. On est sorti pendant la tournée et on s’est pas mal déchargé sur Jason une fois qu’il est arrivé. C’est plus genre : « Ouais, on a un bassiste mais c’est pas Cliff. »
 
  
 
" On combattait des démons.
A un moment c’est passé du fun
à la destruction. Ca a pris le dessus
sur nous. Justice commençait à
se construire. On venait juste
de terminer Master Of Puppets,
de tourner avec Ozzy et on
commençait à avoir nos propres
têtes d’affiche. Les choses ont
commencé à se faire à ce moment
précis et les choses sont devenues
disponibles – les femmes, les fêtes,
[...]. On a été aspiré par ça. C’est
comme ça que c’était censé être. "
 
Aimiez-vous Jason ?

Oui, j’aimais Jason. Il y avait vraiment une vibe positive avec lui. Vraiment comme un gamin, mais pas puéril. Les choses qu’on aimait, les choses qu’on appréciait, écrire ensemble, c’était sympa. Puis on a commencé à acquérir une plus grosse notoriété, des rancœurs se sont créées et les choses ont changés pour nous tous.

 
Lars a déclaré que le titre possible pour l’album And Justice For All… de 1988 était Filles Délurées, Caisses Rapides, Et des Tonnes de Drogues. Est-ce que c’était une description exacte du groupe à cette époque ?

Eh bien, on avait tous nos combats à ce moment-là, on avait tous nos vices qui se développaient énormément, tu vois. Ouais, on combattait des démons. A un moment c’est passé du fun à la destruction. Ca a pris le dessus sur nous. Justice, çà commençait à se construire. On venait juste de terminer Master Of Puppets, de tourner avec Ozzy et on commençait à avoir nos propres têtes d’affiche. Les choses ont commencé à se faire à ce moment précis et les choses sont devenues disponibles – les femmes, les fêtes, tu l’as dit toi-même. On a été aspiré par ça. C’est comme ça que c’était censé être. A cette époque, tu vois, je ne sais plus lequel d’entre nous était marié, mais moi je ne l’étais sûrement pas donc c’était cool. Pas si cool pour les petites copines qui attendaient à la maison mais, tu sais, ce sont des trucs que tu dois faire quand t’es jeune comme pour tirer des leçons. C’était fun. Tu dois faire tout ça et te rendre compte que « Eh ben, ce n’est pas ça la musique. » C’était comme un morceau bonus mais qui commençait à prendre le pas sur le disque tout entier, tu vois [rires] ?
 
 
 
Prendre des drogues ne vous intéressait pas, pourtant ?

Grâce à Dieu ça ne m’a pas intéressé. J’avais peur des drogues. Peut-être dû à l’éducation Scientiste mais aussi, au lycée, mon tout premier groupe – pertinemment nommé Obsession – je me souviens avoir fumé de l’herbe et avoir pensé : « Wow, c’est génial. » Alors j’ai fumé cinq joints un soir, je suis allé en répèt’ et putain ... ça m’a tué. J’ai paniqué, en croyant qu’on jouait la même chanson depuis une heure et demie. Je n’ai pas aimé ça.
 
 
Comment était Lars quand il était sous cocaïne ?

Oh putain. Bavard ? Même plus que ça, si c’est possible. Le truc typique. Je n’aimais pas rester avec eux quand ils étaient sous drogue.
 
  
Est-ce que vous étiez sympa à fréquenter quand vous aviez bu ?

Vraiment pas. Je pouvais devenir assez violent. Il y a le moment heureux de la scène, puis ça devient affreux quand les choses partent en couille et t'emmerdes. Je devenais … le clown, puis le punk anarchiste après ça, qui voulait tout foutre en l’air et faire du mal aux gens. Je rentrais dans des bagarres. Avec qui ? Parfois avec Lars. C’est comme ça qu’on libérait notre rancœur, en se poussant et en se bousculant, en lui jetant des trucs dessus. On a deux personnalités différentes. Même beaucoup, en fait. Il veut être au centre de l’attention en permanence, et ça me dérange parce que je suis pareil. Il est là à charmer les gens, et moi je serais intimidant pour que les gens me respectent de cette façon.
 
 
  
Est-ce que ça reste vrai à présent ?

Non. Je pense que j’ai appris à arrêter ça. Cette partie de moi qui m’emmerdait tellement, parce qu’on était ce groupe tellement anti-L.A, anti-Hollywood, ne frime pas, rien de ces conneries, fonce juste, et il était là à poser. Pour moi Guns N’Roses faisait parti de l’ennemi. Lars était là avec sa veste en cuir blanc et tout, à frimer [posing up a storm ???]. Lars est comme ça, il s’entiche de certaines personnes dans sa vie, et a besoin de se faire accepter par eux. C’est juste une partie de lui, je crois. Il aime apprendre des choses des gens qui ont ce quelque chose. Axl avait ça.
 
 
 
Est-ce que ca a été dur d’enregistrer Nothing Else Matters ?

Non. Au début ça l’était. Je ne voulais même pas la jouer pour les gars. Ca venait tellement du cœur, c’était si personnel pour moi. Je pensais que Metallica ne pouvait être qu’à base de chansons sur le fait de détruire des choses, headbanger, saigner pour le public, quoi que ce soit, tant que çà n'était pas à propos des nanas et des super caisses, même si c’était ce qu’on aimait. La chanson parlait d’une fille, une petite amie à l’époque. Je commençais à peine à pouvoir extérioriser certains trucs. Je ne pensais sûrement pas que c’était une chanson pour Metallica. Quand les gars l’ont entendue, ils étaient impressionnés vu comment, j’imagine, ils se sont sentis touchés. C’est devenu une assez grosse chanson sur cet album.
 
 
Est-ce que ça ressemblait à un tournant ?

Je dirais ça. Ca a encore plus ouvert la porte et nous a donné carte blanche pour jouer plein de différents styles de chansons. Ca a touché beaucoup de gens.
 
 
De quoi vous rappelez-vous concernant la tournée de 1992 avec Guns N’Roses ?

Mec, c’était la tournée des excès. « Hey tu vas à l’after ? » Axl qui dépense des dizaines de milliers de dollars pour ces fêtes. C’était très extravagant, pas du tout mon genre. Les backstages dans les jacuzzis. J’allais faire un tour et boire leur bière et faire un saut dans la piscine, c’est ce que je faisais. Dès qu’ils revenaient du show j’étais parti pour ne pas avoir à traîner avec eux.
 
 
Vous apparaissiez comme ce colosse taciturne.

Beaucoup de ça avait à voir avec le fait de me prouver à moi-même que j’étais un homme. Un tas de choses que je sentais que mon père ne m’avait pas appris, comme réparer des caisses, chasser, la survie. Des trucs du genre. J’ai vraiment eu le sentiment que je devais aller apprendre ces choses et me prouver à moi-même que c’est bon, que je peux le faire. Mon père était comme ça.
 
 
Est-ce que vous allez toujours chasser ?

Je n’en ressens plus le besoin, tuer des choses juste pour les tuer. Je ne suis pas contre la chasse mais ça ne me paraît pas aussi nécessaire que de faire du 240 km/h dans ma voiture maintenant [rires].
 
 
Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

On allait chasser – c’était juste avant que j’aille en désintox quand je suis tombé du train en marche - en Sibérie. J’ai une femme et des gosses à la maison : « A plus, je vais en Sibérie.» Je suis allé dans la péninsule du Kamtchatka, à chasser le grizzli sur des scooters des neiges sur 1m20 de neige. Tu tombes du scooter, t’es foutu. J’ai vu une empreinte d’ours et elle m’a semblé assez humaine. Et j’ai alors vu quelque chose en elle qui n’avait pas trop de sens à mon goût. On était dans ce poulailler de 1m20 au milieu de nulle part, à 4h d’hélico de ce petit bled miteux. A boire de la vodka – il n’y avait rien d’autre à boire. C’en était fini pour moi.
 
 
 
Vous sentiez-vous mal à l’aise avec la nouvelle image du groupe pour Load ?

Assurément. Lars et Kirk ont pris la direction de ces albums. Tout le délire « Nous devons nous réinventer » était un sujet à l’étude. L’image n’est pas une chose mauvaise pour moi. Mais si l’image ne te correspond pas, alors ça n’a pas trop de sens. Je pense qu’ils étaient vraiment à la recherche d’une vibe à la U2, Bono et son alter ego. Je pouvais pas rentrer là-dedans. Tout le « OK, maintenant pour cette séance photo nous allons être ces rockers glam 70’s. » Y’a quoi ? Je dirais la moitié – au moins la moitié – des photos qui étaient dans le livret que j’ai arrachées. Tout le truc des couvertures, ça allait à l’encontre de ce que je ressentais.
 
 
Qu’est-ce que vous n’avez pas aimé au sujet de la pochette ?

[Rires] Comment dire ça ? J’imagine que quand je parlais des rancœurs d’être laissé à l’écart des liens qu’ils avaient par le biais de la prise de drogue – Lars et Kirk était beaucoup dans l’art abstrait, prétendaient qu’ils étaient gays, je crois qu’ils savaient que ça me dérangerait. Il y avait une déclaration autour de tout ça. J’aime l’art, mais pas dans le but de choquer les autres. Je pense que la couverture de Load était juste pour se foutre de la gueule de tout ça. J’ai juste accepté le maquillage et toutes ces conneries folles et stupides qu’ils pensaient avoir besoin de faire.
 
 
Beaucoup a été fait au niveau des coupes de cheveux, à ce moment-là. Est-ce que c’était une décision collective ?

[Rires] C’était pas genre on y va ensemble et on dit : « Hey, on pourrait avoir un prix pour quatre coupes de cheveux ?» C’est juste arrivé progressivement, avec l’âge, la perte de cheveux. Les cheveux longs ne nous convenaient juste plus.
 
 
 
" Tout le délire « OK, maintenant
pour cette séance photo nous allons
être ces rockers glam 70’s. » Y’a
quoi ? Je dirais la moitié – au moins
la moitié – des photos qui étaient
dans le livret que j’ai arrachées. Tout
le truc des couvertures, ça allait à
l’encontre de ce que je ressentais. "
Musicalement, était-ce la première fois que Metallica hésitait ?

Je dirais ça. Toute cette période. Pourquoi avons-nous besoin de nous réinventer ? Beaucoup de fans ont été un peu rebutés par la musique mais surtout, je pense, par l’image.
 
  
Etiez-vous mal à l’aise avec le fait que Kirk et Lars s’embrassaient devant les photographes ?

Complètement. C’est pour ça qu’ils l’ont fait. Je suis le moteur derrière leurs jeux homosexuels. Je pense que les drogues avaient quelque chose à voir avec ça aussi. J’espère [rires]. Il y a plein de moments dans notre carrière où les gens ont sauté du navire, et c’est en train d’arriver. C’est plus blessant de dire : « OK, les gens piétinent les disques de Metallica car ils poursuivent Napster. »
 
 
Il semble que c’est Lars qui a dirigé tout le truc sur Napster.

C’est le représentant du groupe. Il aime parler, il aime tout ça. Je suis extrêmement fier de ce que nous avons fait. Ca devait arriver. Aucun artiste ne s’est levé à part quelques rappeurs. Nous étions en train d’abandonner l’attitude rebelle et, bon sang, il n’y avait pas plus rebelle que ça.
 
 
Dans une interview de 2001 avec le magazine Playboy vous avez dit que Lars était un mauvais batteur.

Il l’admettra. Je ne suis pas un très bon chanteur, mais quelque chose se produit quand nous jouons ensemble.
 
  

 
 
Est-ce que vous avez vu la thérapie comme inhumaine ?

Assurément. Même Bob Rock qui introduisait une petite pause méditation avant qu’on joue. « Pas question ! Allez vous faire foutre les gars. Vous avez perdu la tête ? Let’s just rock ! » Je n’étais pas ouvert à ça quoiqu’il en soit.
 
 
Qu’est-ce qui vous a fait changer d’avis ?

Mon plus gros choc. Ma femme me mettant à la porte. Ma femme a dit : « Tu ne reviens pas tant que tu n’as pas évacué ça et suivi une thérapie. Pas juste pour l’alcool, mais pour toutes les merdes qui vont avec, tu vois. Le manque de respect, le fait de faire ce que tu veux quand tu en as envie. » Je devais grandir. J’avais une famille.
 
 
C’était quand ?

C’était pendant St Anger. On avait commencé à écrire au Presidio [ancienne base militaire]. Et, à un moment donné de la thérapie, j’ai réalisé comme ma vie était merdique. Tous les secrets que j’avais, à quel point ma vie était incongrue, et dévoiler toute cette merde à ma femme. Les trucs qui se sont passés sur la route ...
 
 
Les femmes ?

Oh ouais. Les femmes, l’alcool, quoique ce soit. Ca a fait ressurgir pas mal de peurs chez les autres gars, tu vois [rires]. Comme si j’étais ce délateur et puis tout d’un coup : « Euh, wow, si c’est pas terrible, chéri, qu’il ait fait ça ? Tu ne me ferais pas ça, n’est-ce pas ? » « Oh, bien sûr que non ! »
J’ai remué la boue – et l’eau était très épaisse à cause de la boue à ce moment donné. Je crois que ça a été le moment salvateur pour Metallica, il n’y a pas de doute. Je devais en finir, d’une certaine manière. Ma femme s’est levée et m’a dit : « Hey, je ne suis pas une de tes béni-oui-oui [yes man] sur la route. Dégage d’ici. »
 
 
 
Quelle a été votre réaction ?

Ma vie est finie, en tout premier lieu. La peur est un assez gros stimulant et ça m’a motivé, avec tous ces blocages à propos de l’abandon et le fait de perdre un groupe, perdre les gens qui sont dans ma vie.
 
 
Et il semblait que vous étiez sur le point de perdre votre groupe et votre mariage.

Les deux en même temps. Donc c’était : « Je dois les concilier, ou bien ils vont tous les deux s’en aller, et puis quoi encore ? »
 
 
Quand êtes-vous rentré ?

Ma femme attendait notre troisième enfant. C’est mon petit ange – Marcella. Ma femme avait besoin de moi là-bas et j’ai pu être là pour la naissance, ce qui était incroyable, j’ai coupé le cordon et tout ces trucs qui nous rapprochent. Ouais, ma fille nous a plutôt bien recollés ensemble.
 
 
 
Que pensez-vous de St.Anger à présent ?

C’est plus un état des lieux qu’une œuvre musicale de travail. Nous devions faire St.Anger. Le mec qui a bossé avec nous, le coach Phil Towle, il a dit : « Tout ce travail que vous faites maintenant n’est pas pour ce disque, mais pour le prochain. »
 
 
Est-ce que Bob Rock était fâché quand vous avez décidé de prendre Rick Rubin pour produire Death Magnetic ?

J’espère que oui. Pas d’une manière méchante. Nous savions tous deux que les choses devenaient trop confortable, trop facile, et qu’on avait besoin d’explorer. Peut-être qu’il n’y avait plus la tension.
Il était comme le 5è membre, une figure paternelle. Peut-être que nous nous sentions effrayés de ne pas pouvoir faire un disque sans lui, mais j’espère qu’on lui manque parce qu’il nous manque certainement.
 
 
 
" Mon plus gros choc. Ma femme me
mettant à la porte. Ma femme a dit :
« Tu ne reviens pas tant que tu n’as
pas évacué ça et suivi une thérapie.
Pas juste pour l’alcool, mais pour
toutes les merdes qui vont avec, tu
vois. Le manque de respect, le fait
de faire ce que tu veux quand tu en
as envie. » Je devais grandir. J’avais
une famille. "
Avez-vous trouvé que faire la tournée en étant sobre était difficile ?

Au départ je me sentais super bien mais effrayé en même temps. C’était surtout : « Je fais quoi maintenant ? » Mais combien d’heures j’ai gâché à rester assis dans un bar je-ne-sais-où à parler avec des gens que je ne reverrais jamais ? Donc je suis allé faire des visites touristiques, j’ai fait les trucs que tu ferais si c’était ta première tournée. Les gens ont vraiment respecté ça.
 
 
 
Qu’est-ce que vous et Lars avez en commun ?

A part les enfants et la vie de famille, nous sommes beaucoup dans l’art même si ce sont des genres d’art totalement différents. J’aime l’art de la culture custom, l’art religieux, créer des trucs pour le groupe. Il est beaucoup dans l’art abstrait. Fais toi ton propre avis sur la chose.
 
 
Vous aimez Lars ?

Oui je l’aime. Il n’y a aucun doute que nous avons été mis sur la même route pour une bonne raison. On a accroché et, comme ma femme et moi-même, les opposés s’attirent et c’est un combat sans fin. On a cette alchimie qui fonctionne même quand les rancœurs se mettent en travers et que parfois on ne s’en rend pas compte. Il y a juste une émotion, une friction, une étincelle qui se produit.
 
 
Est-ce que c’est quelque chose que vous auriez pu dire il y a 10 ans ?

J’aurais toujours pu le dire à l’époque. C’est un type d’amour différent. On ne réunirait pas nos familles pour aller à Hawaï pour la semaine. Mais, putain, quand quelque chose se passe sur la route, quelqu’un qui défie Metallica ou nos capacités, on s’agrippe l’un à l’autre comme s’il n’y avait pas de lendemain. Nous nous supporterons, ferons attention l’un à l’autre, et nous nous battrons jusqu’à la mort.
  

 
  

Un grand merci à Beeho pour son trvail de traduction ;)


 


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